Le marché automobile aux États-Unis a été exécrable en juin, mais si les ventes de Ford ont dégringolé, le leader américain General Motors a mieux résisté que prévu et a conservé son avance sur son dauphin japonais Toyota. La quasi-totalité des constructeurs a publié hier des ventes en baisse de deux chiffres, en réaction à l'envolée des prix du carburant et à la poursuite du ralentissement économique dans la première économie mondiale. Cette baisse d'environ 16 % du marché, selon des estimations d'analystes, a été encore plus marquée du fait que le mois de juin comptait cette année trois jours ouvrables de moins qu'en 2007 (24 jours contre 27). Il s'agit du septième mois consécutif de baisse des ventes pour le marché américain, soit la période de baisse la plus longue enregistrée en huit ans.
General Motors a publié des ventes en baisse de 18,5 % (en données non ajustées des jours ouvrables), à 265 937 unités, mais a conforté sa première place sur le marché américain, que certains analystes avaient vu menacée. Son dauphin Toyota a vu ses ventes décliner de 11,5 % (à 193 234 unités), alors que Ford, le deuxième constructeur américain, a fait état d'un plongeon de 28 % de ses immatriculations neuves (à 167 090 unités). Le cabinet d'analystes Edmunds tablait sur une pire performance pour General Motors (-25,2 %), à peu près conforme pour Toyota (-11,7 %) et un peu meilleure pour Ford (-24,8 %)
La direction de Ford n'a pas caché son pessimisme. «L'économie amorce la seconde moitié de l'année avec une absence significative de dynamique et avec un haut degré d'incertitude», a relevé le directeur marketing Jim Farley. Pour GM, la répartition des ventes entre gros et petits véhicules «était meilleure qu'attendu», a noté Himanshu Patel, analyste de JPMorgan. Selon lui, l'offre de crédit automobile à taux zéro proposée par le groupe «a soutenu les ventes». Chrysler, le troisième américain, a été pour la première fois dépassé par le japonais Honda en termes de ventes. Chrysler a accusé un plongeon de 36 % (données non ajustées) de ses ventes, à 117 457 unités, la pire performance du marché.
Honda, spécialiste des voitures compactes et bon marché, a quant à lui confirmé les pronostics: il est le seul des ténors du marché à voir ses ventes progresser, de 13,8 % en données ajustées (142 539 unités). Honda a défendu la justesse de son positionnement commercial. «Cela nous permet de passer la tempête des prix du carburant et cela aide les consommateurs à trouver refuge dans nos produits», a commenté le groupe. Ses rivaux ont également assuré qu'ils devrait être en mesure de répondre ces prochains mois à la demande, qui semble délaisser durablement les gros modèles de type 4x4 et «pick-up», trop gourmands en carburant. «Nous faisons tout ce que nous pouvons pour répondre à la demande des consommateurs en berlines et "crossovers" [véhicules à la carrosserie de 4x4 et à la motorisation de berline]», a indiqué GM. Des bouleversements de production accueillis avec prudence par certains analystes. «Un changement du "mix produit" est très difficile», a averti Robert Brusca, de FAO Economics. «S'il est fait trop rapidement, le risque est de créer un mauvais véhicule».